Le temps du Coronavirus

12.03.20 04:53 PM

Covid-19 est né en Chine il y a 3 mois. D’origine inconnue, les autorités de la bonne ville de Wuhan lui refusent d’abord toute identité. Ce n’est qu’après avoir tué quelques dizaines d’hommes que le gouvernement chinois se décide à le prendre au sérieux. Sa photo commence alors à circuler : c’est une petite boule  à couettes rouges.

Même si son origine est inconnue, Covid est issu d’une lignée dont la réputation n’est plus à faire : les coronavirus. Dans un passé encore récent, SRAS avait créé un bel affolement avant de se faire serrer bêtement sans pouvoir montrer tout son potentiel. C’est tout le destin des coronavirus : une famille d’abord sans histoire dont les derniers rejetons ont fini par s’agacer de leur anonymat. C’en est fini : Covid a décidé d’agiter ses bouclettes rouges pour affoler la médiasphère.

  

D’abord en Chine où sont apparus les premiers compteurs : Nombre de tests effectués, nombre de cas déclarés, nombre de morts. Le principe du compteur est très simple, il permet de mesurer une grandeur, une progression bientôt une performance. De grippe, Covid à un destin tout tracé et pourra devenir épidémie ou pandémie, quand on aura compté le nombre de continents envahis, le nombre de pays touchés, etc…

L’intérêt avec les compteurs, c’est de focaliser les regards. De formaliser la réalité. De supporter l’histoire. Il ne reste plus à Covid qu’à embarquer les conteurs pour ancrer légendes, fausses vérités et vraies arnaques. En à peine trois mois, Covid est devenu un virus multiforme : une maladie, une rumeur et bientôt une peur. Les moyens de lutte pour lui faire face se sont amenuisés au fur et à mesure de son développement.

  

Ce n’est pas tant la maladie qu’il s’agit de contenir : il faut également composer avec les (fausses) informations qu’elle véhicule et encore au-delà avec le spectre d’émotions qu’elle engendre. A ce titre, Covid agit comme un révélateur de l’impuissance des gouvernements à agir dynamiquement sur ces aspects moins tangibles. La réalité des chiffres qui décrive la maladie ne suffit pas à représenter l’émotion qu’il suscite. Entretenir la confusion entre ses deux extrêmes traduit une profonde irresponsabilité, sinon de la manipulation.

Ainsi le temps file, les compteurs tournent, les rumeurs circulent, la peur s’étend. Dans cette circonstance particulière, c’est tout l’environnement qui a changé. Nous découvrons interdits que nous avons perdu la maîtrise du temps : pas le temps de tout comprendre, pas le temps d’expliquer les détails, pas le temps d’écouter les ressentis. La pression de l’information oblige à l’action. On exige des décisions urgentes. On veut des résultats. On coupera des têtes, sinon.

  

Ce soir, notre président n’a pas avoir d’autre choix que de nous inviter à restreindre nos interactions « physiques ». Cette décision est dictée par ce qu’on sait de la maladie et ce qu’on tire de l’observation des compteurs. Espérons qu’il aura un mot (et un plan d’action) pour veiller à ce que la rumeur ne fortifie pas les peurs qui montent. Faute de quoi, le temps sera assassin…